fbpx
Evaluation des compétences transversales

Evaluation des compétences transversales

Par Maher Braham et Dominique Vassal
Maher Braham est enseignant en économie-gestion au lycée René Cassin de Rive de Gier et formateur académique. Dominique Vassal est inspectrice pédagogique territoriale dans la voie professionnelle sur l’académie de Lyon.

maher.braham@ac-lyon.fr
 

Le lycée des métiers René Cassin partenaire du centre de formation touristique de Djerba a reçu mercredi 20 mars 2019 le label «projet innovant » pour son projet intitulé : Une « autre » évaluation par compétences lancé en septembre 2017. Cette récompense de la Délégation à la Formation, l’Innovation et l’Expérimentation (DFIE) du Rectorat de l’académie de Lyon reconnait et consacre l’excellence du Lycée R. Cassin en matière d’innovation pédagogique. 

L’expérimentation vise à (re)donner aux jeunes l’envie d’apprendre et la confiance en soi et permet de valoriser les compétences disciplinaires et transversales développées en intégrant l’évaluation à un processus de soutien et d’accompagnement du travail des élèves.

Une expérience isolée vécue en 2016 dans une classe de bac pro gestion administration est à l’origine de cette expérimentation collective.  L’initiative portait sur l’évaluation des comportements professionnels des élèves, au lycée et en période de formation en milieu professionnel (PFMP ou stage).  Cette approche a par la suite été portée par l’ensemble des équipes pédagogiques, dans la mesure où elle répond aux attentes du monde professionnel, en s’intéressant aux compétences comportementales qui se veulent transversales (savoir être…). D’ailleurs, selon une étude menée par  Pôle emploi (2018)[1], 6 employeurs sur 10 valorisent en priorité les compétences comportementales. Sensibiliser les élèves aux codes attendus par le monde professionnel, leur ouvre les portes de l’entreprise et leur offre les clés pour entrer dans un monde du travail en pleine transformation, mais aussi pour y évoluer dans un contexte où les parcours professionnels sont désormais moins linéaires. En somme, cette dynamique de projet, ancrée dans l’ère de la transformation de la voie professionnelle répond à de véritables attentes et besoins.


Construction et mise en œuvre du projet

Le travail en équipe est un levier pour faire réussir le public hétérogène du lycée professionnel mais fédérer l’ensemble de la communauté éducative n’est pas chose aisée.  Dans notre lycée, en partant du volontariat l’ensemble des équipes éducative et pédagogique a participé au projet notamment pour déterminer collectivement les attendus en matière de comportements professionnels et de savoir être transversaux mais également pour construire une grille d’évaluation commune en déterminant de façon collégiale les descripteurs invariants. Il appartenait aux enseignants et membres de la communauté éducative de choisir les indicateurs observables et quantifiables. La mise en place d’un outil de suivi du développement des compétences conditionnait la réussite du projet en devenant le support essentiel de l’évaluation formative, via la remédiation.

Les enseignants étaient également invités à évaluer les acquis disciplinaires pour communiquer sur un nouveau bulletin scolaire, organisé par compétences.

L’évaluation des compétences transversales, un processus complexe ?

Il est important de rappeler que les compétences ne s’enseignent pas mais elles se construisent. Une évaluation de la maîtrise de la compétence implique nécessairement des mises en situations. Pour les identifier, seul l’ancrage dans la situation de travail permet de les appréhender. 

Comme l’indiquent Jacques TARDIF et Bruno DUBOIS[1], « la mise en œuvre d’une compétence, transversale ou spécifique, est toujours fortement contextualisée (…/…) ; les caractéristiques  et  les  contraintes  du  contexte  ne  peuvent  jamais  être  ignorées  dans  le déploiement d’une compétence». La définition des compétences transversales est cependant loin d’être stabilisée et plusieurs approches existent. Sont-elles une combinaison de « savoirs, savoir-faire, savoir-être », conformément à l’approche de la Commission nationale des certifications professionnelles, permettant de « savoir agir en situation » (Le Boterf, 2018)[2] ou doit-on les circonscrire à des savoir-faire comportementaux ?


Perspective: la reconnaissance des compétences transversales

L’Europe dans le cadre de la Stratégie Europe 2020 attache une attention particulière au développement des compétences transversales. Existe-t-il une liste de ces compétences ?

La Coordination française de l’Agenda européen renouvelé pour l’éducation et la formation des adultes (AEFA) vient de publier « un guide pour identifier, évaluer et développer les compétences transversales », en coordination avec l’agence Erasmus plus.

Un autre projet a vu le jour en 2016, le « projet RECTEC » qui vise à favoriser l’employabilité par la reconnaissance des compétences transversales et leur mise en correspondance avec les certifications professionnelles. Il regroupe des acteurs du champ de l’insertion et de la formation professionnelle de trois pays francophones : la Belgique, la France et le Luxembourg. Il répond aux besoins des professionnels de l’éducation-formation-certification et orientation, désireux de se doter d’outils d’évaluation gradués qualitativement, et adossés au Cadre Européen des Certifications (CEC).

Les enjeux sont de taille et nous devrons certainement faire évoluer le projet de René Cassin pour être en phase avec les futurs référentiels européens sur les compétences transversales qui sont en cours de création et dont certains sont en expérimentation. La filière gestion administration de l’académie de Lyon, pilotée par Dominique Vassal inspectrice pédagogique sur la voie professionnelle, est ainsi engagée dans le projet RECTEC.

Le projet RECTEC expérimenté sur l’académie de Lyon

Les objectifs visés par l’expérimentation engagée en septembre 2018 sont de favoriser l’insertion et/ou la poursuite d’études au sein de la voie professionnelle par un travail sur les compétences transversales en créant un langage commun et aussi de donner un sens à l’utilisation des compétences transversales par les enseignants de plusieurs enseignements et disciplines.

Les publics concernés sont les 3 niveaux de classe d’une même formation d’économie et gestion en lycée professionnel, le BAC GA (baccalauréat professionnel gestion administration) sur deux établissements du Rhône : en voie scolaire, le lycée Barthélémy Thimonnier pour les classes de seconde et première GA et en apprentissage le lycée Louise Labé pour la classe de terminale GA.

A ce jour, le croisement du référentiel professionnel GA et du référentiel des compétences transversales AEFA/RECTEC réalisé collectivement a permis pour chacun des enseignants du domaine général d’avoir une vision globale des compétences développées en enseignement professionnel.  L’articulation des programmes d’enseignement général avec le référentiel des compétences transversales réalisé collectivement a fait émerger pour chacun des enseignants la convergence des enseignements. On retient déjà que les compétences transversales, dès lors qu’elles sont identifiées et travaillées dans chacun des enseignements, donnent une cohérence aux apprentissages et apparaissent comme des activateurs de développement des compétences professionnelles.

La « carte de compétences RECTEC Gestion Administration » est finalisée et sera testée d’ici la fin de l’année scolaire et sur les années suivantes. La « carte de compétences RECTEC / GA – enseignements généraux » est à suivre.

La démarche RECTEC /AEFA fait sens dans le monde de l’éducation nationale

La transformation du lycée professionnel s’annonce à la rentrée 2019 pour mieux connecter les formations au monde économique. Lors des rencontres enseignants / tuteurs dans le cadre du suivi des périodes de formation en entreprise et dans les études sur les attentes des recruteurs (Pôle emploi, 2018)², on constate que tuteurs, recruteurs, employeurs et enseignants sont tous d’accord sur l’importance des compétences transversales. Le monde de la formation et le monde économique peuvent ainsi travailler à des objectifs communs pour faciliter l’insertion, immédiate ou différée, des jeunes de l’enseignement professionnel.

En établissement de formation, la co-intervention s’organise pour donner plus de sens aux apprentissages. Certains enseignements généraux (maths sciences et français) sont désormais contextualisés et mieux articulés avec les enseignements professionnels.

Conduire une expérimentation qui rassemble l’enseignement général et l’enseignement professionnel autour d’un même référentiel facilitera la mise en place du lycée professionnel transformé et contribuera à une insertion professionnelle et à une poursuite d’études réussies.

CATEGORIES
Share This
AmicaleMag

GRATUIT
VOIR