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Hôtellerie et tourisme : L’enseignement supérieur à l’ère des transitions

Hôtellerie et tourisme : L’enseignement supérieur à l’ère des transitions

En Tunisie une bonne partie de la main d’œuvre qualifiée spécialisée en management hôtelier et touristique est formée par les établissements d’enseignement supérieur. Aujourd’hui le seul point d’intersection entre le ministère du tourisme et celui de l’enseignement supérieur étant l’institut des hautes études touristiques de sidi Dhrif qui est géré en cotutelle entre les deux autorités.

Mise à part ce cas d’exception, où la pédagogie fait intervenir les cadres de l’office du tourisme tunisien, les quelques autres dizaines de parcours académiques spécialisés proposent des programmes en licence et en master sans concertation avec le ministère chargé du tourisme.

Cependant, une autre forme hybride qui est apparue avec le système LMD consistait à la possibilité de lancer, sur une période convenue en amont, d’un master co-construit. L’objectif de cette formule « soft » étant de répondre d’une manière rapide à un besoin spécifique exprimé par les professionnels du secteur. Ce master co-construit autorise lesdits professionnels à intervenir soit en matière pédagogique (fixation de certaines composantes des programmes) ou encore en matière d’enseignement ou aussi en financement de certaines prestations annexes et la facilitation des stages. La mise en place d’un tel parcours suppose un engagement « moral » des professionnels à recruter les diplômés et à valoriser leurs compétences.

Quelque soit la situation, la formation en gestion hôtelière et touristique se confrontait, depuis quelques années, à plusieurs défis surtout avec le débarquement de plusieurs enseignes internationales simultanément avec le développement du tissu universitaire privé dans le pays.

Les reproches fondés à la qualité de la formation universitaire

De nos jours, les professionnels réclament de plus en plus la dégradation de la qualité de la formation académique rendant principalement les causes à :

  • Un décalage entre les besoins évolutifs du marché et les contenus statiques des cours ;
  • Le manque en professeurs spécialisés ou avec une expérience préalable dans le secteur puisque l’affectation, qui se fait par le ministère de l’enseignement supérieur, ne tient compte que de certains critères purement administratifs ;
  • Une grande insuffisance en savoir-faire par rapport à l’abondance des notions théoriques ;
  • L’inexistence de certaines spécialités pointues et se limiter à des formations généralistes au moment où les métiers évoluent à un rythme accéléré.

Sur le plan du fonds, ces reproches apparaissent fondées et logiques surtout en absence des statistiques et d’études fiables sur les emplois dans le secteur. Cependant, il reste crucial de souligner que les professionnels supportent, à leur tour, une partie de la responsabilité quant à la dégradation de la formation. En effet, les défaillances au niveau de l’encadrement professionnel durant les stages, les difficultés d’accès aux entreprises du secteur et la vigilance exagérée dans la fourniture des données, forment des facteurs qui handicapent le transfert de compétences depuis le milieu professionnel.

Il y a lieu également de tenir compte d’un facteur qui semble très percutant : le choix de cette spécialité est-il imposé par le risque de chômage (donc il vient comme solution anticipative de l’étudiant) ? Ou c’est plutôt une orientation délibérée de carrière professionnelle entreprise en réponse à une passion pour le secteur (donc un rêve qui se concrétise) ?

Entre les deux suppositions réside une grande différence en matière d’output ou ce qu’on appelait dans certains cas « le taux de conversion ». C’est lorsqu’un diplômé dans une spécialité donnée choisira de travailler dans un autre domaine de spécialité. Forcément, le rendement, la créativité et le sens du leadership vont être différents dans ces deux cas.

Vers une exportation des nouveaux diplômés

Dans un contexte de mondialisation, la mobilité des diplômés concerne fortement les étudiants des spécialités relevant du tourisme et de l’hôtellerie. Par ailleurs, pour devenir exportateur et réduire, par conséquent, le taux de chômage, il est important que les universités tunisiennes investissent en matière de branding à travers des partenariats internationaux à haute valeur ajoutée, opter pour une formation anglophone et faciliter l’accès aux professeurs étrangers capables de révolutionner la formation. Aujourd’hui dans des pays comme la France, les « IAE » (Instituts d’administration des entreprises) se sont reconvertis en « Business Schools » tout en mettant en place un parcours totalement anglophone. Il est temps d’intégrer cette formule dans nos établissements publics d’enseignement supérieur pour qu’ils soient plus compétitifs.

Egalement, le recours à la sous-traitance de certains modules auprès des cabinets spécialisés, la certification tierce partie de certains autres, la délocalisation des cours pour des modules à aspects pratiques sont des mesures qui s’avèrent très pertinentes et dont les retombées peuvent être immédiates. Parmi, les certifications, on peut citer Tedqual (propriété de l’OMT), les certifications AHLEI, etc.

La formation en alternance est aussi un mode très pratiqué en Allemagne et dans plusieurs pays européens qui témoignent de sa réussite. Les bienfaits de ce mode concernent à la fois les acquis en termes de compétences aussi bien que l’insertion professionnelle.

La Tunisie constitue encore un cas de réussite pour plusieurs pays africains et de moyen orient. Cet atout psychologique pourra constituer un levier indéniable pour faciliter, d’une part, l’embauche de nos diplômés et compétences à l’échelle internationale. D’autre part, il permettra à nos établissements de formation de vendre leur expertise à travers la formation des formateurs. Un volet générateur de devises et qui pourra alimenter le budget des établissements universitaires et les aider à améliorer leurs infrastructures.

Réussir les transitions dans l’enseignement supérieur

En 2018, aucun établissement d’enseignement supérieur ne figure parmi les 800 premières universités au monde selon le classement Shanghai (reconnu au monde). Comment est-ce qu’on va pouvoir réussir la transition et devenir un pays exportateur du savoir ?

Il est nécessaire de travailler conjointement sur 3 volets :

  • L’innovation pédagogique: les outils d’enseignement, les programmes, les parcours, les modes de formation ;
  • Une coopération plus étroite avec le milieu professionnel (fédérations, groupes hôteliers, tours opérateurs, institutions internationales, etc ;
  • Une ouverture sur l’international : partenariats stratégiques, mobilité des enseignants, embauche des talents, certification des diplômes, etc

Le mode de gouvernance actuel des établissements d’enseignement supérieur ne permet que de garder ces derniers en autarcie, avec une réglementation rigide et une innovation accablée par une administration archaïque. La transition serait quasiment impossible et nous continueront à reproduire des diplômés en déphasage par rapport aux exigences du marché d’emploi. De même, la gouvernance actuelle va creuser davantage la distorsion qui existe entre le secteur privé et le secteur public en matière de formation universitaire appliquée au tourisme. Un secteur dont la configuration évolue à un rythme dépêché risque de finir enclavé par des compétences obsolètes.

Pour éviter tel essor, il est impératif de récupérer la confiance des professionnels à travers une meilleure coopération bâtie sur une logique de gagnant/gagnant. Il est recommandé ainsi de les impliquer dans le dispositif de formation et dans la recherche et développement.

Réussir les transitions demande aussi une stratégie de communication moderne et innovante. L’université publique doit se comporter sur le marché comme un véritable acteur privé et mener « un combat » pour gagner « la guerre » de compétitivité. Ainsi, voir nos universités dans les salons de tourisme international (ITB, TOP Resa, FITUR, etc) à côté des agences de voyages et des hôteliers aura forcément un impact positif sur leur notoriété internationale. Egalement, les certifications des programmes, constituera un facteur d’assurance qualité pour les recruteurs internationaux et placera nos établissements dans un palier plus élevé.

Il est aussi recommandé de favoriser l’emploi des diplômés par le fait de lier certaines autorisations/Agréments, métiers ou emplois à un niveau académique bien déterminé ou à un diplôme bien précis. Comme c’est le cas par exemple de l’agrément accordé à un directeur d’hôtel ou au gérant d’une agence de voyages. Une mesure de ce type permet de protéger le corps de métier et inciter à l’emploi des compétences clés dans le top management.

Par : Moez KACEM

Enseignant universitaire

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